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Un bateau destiné à la navigation du Canal

Un canal pour relier la Meuse au Rhin, certes.

Mais qu’allait-on faire naviguer dessus ?

Les fameuse « bètchètes », bien sur.

Mais qu’auraient été ces « bètchètes » du Canal Meuse & Moselle ?

L’article ci-dessous, ainsi que ceux qui suivront sur le même sujet, est issu des archives de la Société du Luxembourg, préservées aux Archives générales du Royaume à Bruxelles.

Il s’agit d’une retranscription du « devis descriptif d’un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse et Moselle ».

« Un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse & Moselle » (1)

Betchete_1

Esneux – Détail d’une gravure représentant une “bètchète”, bateau de rivière à fond plat qui servit à acheminer le minerai par l’Ourthe. (La Belgique illustrée)

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Société du LuxembourgCMM_Brx_201_small

Canal de Meuse et Moselle

Devis descriptif d’un bateau du port de quarante cinq tonneaux destiné à la navigation de Meuse et Moselle1

 

Ce bateau aura vingt aunes1 cinquante centiaunes de longueur (23,4315 mètres2) hors oeuvre, depuis l’étrave3 jusqu’à l’étambot4.

La hauteur du bateau, mesurée depuis le dessous de la quille6 jusqu’au dessus des plat-bords7, sera d’une aune vingt huit centiaunes (1,46 mètre). L’étrave, les bittes8 d’amarrage et porte-mat, ainsi que la mèche du gouvernail9 ne pourront faire saillie au dessus du plat-bord que de trente sept centiaunes (0,42 m.), de manière que la hauteur totale du bateau ne dépasse pas une aune soixante cinq centiaunes (1,88 m.).

Le bateau sera composé de trois parties distinctes par leurs formes et leurs destinations.

  1. Le corps du bateau , destiné à recevoir la charge ouvert sur toute sa longueur et pouvant être fermé au moyen d’écoutilles10. L’avant, servant de soutes aux cables et agrès11, ris12, ponté et muni d’une écoutille de soixante quatre centiaunes sur soixante seize centiaunes.

  1. L’arrière, servant au logement du batelier, ponté de même que l’avant, et portant une écoutille de même dimension.

coupe_transversale

coupe transversale

Les longueurs de ces trois parties comptées au milieu des varangues13 et baux14 de séparation sont respectivement quinze aunes soixante quinze centiaunes (18 m.) pour le corps et de deux aunes vingt cinq centiaunes (2.57 m.) pour chaque partie, avant et arrière, l’étrave faisant saillie de dix centiaunes (0,114 m.) et l’étambot de quinze centiaunes (0,17 m.), sur ces deux dernières longueurs, on doit ?? trouver en faisant la somme des ces diverses dimensions la longueur totale du bateau, vingt aunes cinquante centiaunes hors ancre.

Varangue, allonge et bau

Varangue et bau

 

Le corps du bateau conservera sur toute sa longueur la même largeur de deux aunes quatre vingt centiaunes en dehors des bordages15

L’avant sera terminé en pointe à l’étambot, et les côtés en seront arrondis par deux arcs de cercle d’un rayon égal à la largeur du bateau, tangente à chacun des côtés et se coupant sur l’étrave.

L’arrière sera façonné en deux cercles d’un diamètre égal à la largeur du bateau.

Les bordages de côté tant du corps que de l’avant et de l’arrière fourniront une surface perpendiculaire au plan principal de la quille.

quille

Avec l’aimable autorisation de l’association « LA TILLOLE BOÏENNE »

La quille sera droit (sic) depuis l’étambot jusqu’à deux aunes trente cinq centiaunes de l’extrémité de l’étambot. A partir de ce point (c’est-à-dire depuis le milieu de la troisième varangue) elle se relèvera en légère droite, de manière à arriver au dessous de l’étrave à vingt centiaunes plus bas que son prolongement, et ce afin de diminuer d’autant le tirant d’eau16 à l’avant.

Pour obtenir le même effet à l’arrière, où la quille doit être prolongée droite jusqu’à l’étambot, on placera sur la quille en cet endroit une ferrure permettant de relever les varangues et le bordage de fond à partir de la troisième varangue d’arrière, de manière que le tirant d’eau soit aussi diminué de vingt centiaunes à l’étambot, cette pièce et la quille faisant en cet endroit saillie d’autant sur le bordage de fond.

La quille ayant un équarrissage17 de dix huit centiaunes sur dix centiaunes de hauteur, et posée à plat, aura une longueur de vingt aunes cinquante centiaunes et sera si possible d’une seule pièce , ainsi que la carlingue18 dont il sera parlé ci-après. Dans le cas contraire, la quille devra être composée de trois pièces égales de longueur et alors la carlingue devra être de deux pièces seulement égales entr’elles.

Trait de jupiterLes afsemblages des troisièmes parties de la quille et de la carlingue seront faite en traits de Jupiter19 ayant en longueur, cinq fois la hauteur du bois.

 

L’étrave sera placée d’aplomb sur le plan principal de la quille, arrasant celle-ci en dessous, étant afsemblée avec elle par tiers à tenon et mortaise, la quille fesant tenon. L’étrave aura dix huit centiaunes sur vingt centiaunes d’équarrissage et une longueur d’une aune et quarante cinq centiaunes et aura les deux angles extérieurs abattus par un biseau de trois centiaunes de largeur sur chaque côté.

L’étambot sera aussi d’aplomb sur la quille et sera terminé dans sa partie arrière par deux biseaux faisant entr’eux un angle droit, de manière que la mèche du gouvernail qui sera façonnée de même puisse au besoin prendre une direction perpendiculaire à celle du bateau. L’étambot sera afsemblé sur la quille par tiers à tenon et mortaise, la quille faisant mortaise et arasant extérieurement l’étambot, il aura le même équarrissage que l’étrave et ? quarante huit centiaunes de longueur.

<à suivre >

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1 L’aune est une ancienne mesure de longueur française dont la longueur varie selon les régions. L’aune de 1827 vaut 1,14300 mètre.

2 Les translations des mesures en mètres sont de l’auteur de l’article et non du rédacteur du cahier des charges.

3 Etrave : pièce avant de  la coque en prolongement de la quille, à  laquelle  elle est fixée. L’assemblage étrave /quille se fait en 3 parties .L’extrémité supérieure de l’étrave en est le nez.

4 Etambot : pièce plus ou moins courbe dans le prolongement  de la partie arrière de la quille. Elle reçoit dans la râblure  le bout des bordés et galbords (pour les navires ayant la partie avant et ou arrière pointue).

5 Préceinte : virure supérieure du bordé, juste sous le plat-bord, souvent plus forte que les autres.

6 Quille : pièce axiale longitudinale de la charpente du bateau. Elle se termine à l’avant par l’étrave et à l’arrière par l’étambot. C’est la colonne vertébrale de la carène  sur laquelle seront fixées transversalement, les varangues.

7 Plat-bord : sur un bateau de commerce, partie plane longeant les denbords (ou hiloires), permettant de circuler autour de la cale en rejoignant les veules avant et arrière

8 Bitte : pièces verticales fixées sur le pont des navires, sur lesquelles on tourne les amarres. Le terme de bitte désigne parfois, improprement, les bollards et autres points fixes installés sur les quais pour l’amarrage des navires (bitte d’amarrage à terre).

9 Le gouvernail est un ensemble constitué par une surface immergée appelée safran pouvant générer une force latérale, généralement mobile en rotation autour d’un axe sensiblement vertical, un prolongement hors de l’eau servant au contrôle en rotation du safran : la mèche de gouvernail (axe physique), la partie haute d’un safran extérieur , un levier de commande : la barre)

10 Écoutille (panneaux d’) : panneaux bombés et amovibles, autrefois en bois, aujourd’hui métalliques, qui recouvrent la cale du bateau afin de protéger la cargaison

11Agrès : Ensemble de tout ce qui concerne la mâture, les voiles et le gréement ( cordages, manœuvres courantes et dormantes, pouliage, etc.). Les agrès comprennent l’ensemble du matériel qui permet de gréer un bateau. Le terme est encore très usité sur les voiliers traditionnels.

12 Ris: rangée de garcettes (petits trous percés dans la voile, en lignes horizontales parallèles à la vergue) permettant de diminuer la surface d’une voile et de l’adapter à la force du vent. On dispose d’une ou plusieurs bandes de ris.

13 Une varangue est une des pièces de charpente (raidisseur) d’un bateau, servant de liaison transversale dans les fonds entre les membrures et placée sur un plan perpendiculaire au dessus de la quille.

14 Bau (pl. baux) : traverse de bois et généralement de fer qui est posée dans le sens de la largeur du bâtiment pour affermir les bordages et soutenir les ponts.

15 Bordage ou bordaille, flanc du bâteau. Du norrois Bord qui signifie planche.

16 Tirant d’eau : Distance verticale séparant la flottaison du plan tangent à la quille. Lorsque celle-ci n’est pas horizontale, on distingue le tirant d’eau avant et le tirant d’eau arrière, généralement plus important.

17 En français ancien, l’équarrissage désigne l’acte de tailler (une bille de bois, un bloc de pierre) à angles droits. Selon le Laroussee1922 ; « On procède à l’équarrissage d’un arbre, à la hache ou à la scie, en ayant soin d’obtenir un parallélépipède rectangle offrant la plus grande surface possible, ce qui est avantageux pour le débitage ultérieur.

18 La carlingue est un élément de renfort de la structure longitudinale d’un bateau. Dans la construction bois, ,la carlingue désigne la pièce de bois placée au-dessus des couples, parallèlement à la quille, et qui s’étend d’un bout à l’autre du navire.

19 Trait de Jupiter avec deux clefs : assemblage permettant d’assembler deux pièces longitudinalement. Exécuté avec soin, il peut résister en traction et en flexion.

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L’orthographe originale a été conservée.

Les dessins, photos et graphiques ne figurent pas, bien entendu, dans le devis.

De même, les définitions des termes techniques utilisés dans le devis ont été ajoutées par l’auteur de l’article.

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Les photos d’assemblage d’une boïenne, pinasse à voile et à fond plat présentant pas mal de similitudes avec notre « bètchète », proviennent du site « http://latilloleboienne.voila.net »  de l’association « LA TILLOLE BOÏENNE », association ayant pour but de préserver le patrimoine maritime par la pratique de la navigation à voile sur les bateaux traditionnels du bassin d’Arcachon. Ces photos sont reproduites avec leur aimable autorisation.

Les références de cette archive sont les suivantes:

COSEMAN A., Inventaire des archives de la Société de Luxembourg (Canal Meuse-Moselle),

in Inventaire des archives de l’administration du Waterstaat (1814-1830),

BE-A0510_000395_002821_FRE
Numéro de l’instrument: BE-A0510 / T 039/06
Archives générales du Royaume
1975

Identification de l’inventaire
BE-A0510 / T 039/06-56 – Devis descriptif d’un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse et Moselle.

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« Un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse & Moselle » (2)

Courbe

Courbe

Pour consolider les afsemblages de la quille avec l’étrave et avec l’étambot, on emploiera deux courbes1 montant le long de l’étrave et de l’étambot jusqu’au dessous du bordage du pont, et s’étendant sur la quille jusqu’au-delà de la première varangue passé l’étrave, la seconde passé l’étambot; ces courbes s’afsembleront avec la carlingue au moyen de traits de Jupiter. Elles auront une épaisseur de vingt centiaunes à leurs extrémités, et de trente centiaunes au coude et seize centiaunes de largeur. Elles seront boulonnées avec la quille et avec l’étrave ou l’étambot, par quatre boulons de deux centiaunes de diamètre pour chaque courbe.

En outre, il y aura des équerres en fer de quinze milliaunes d’épaisseur sur six centiaunes de largeur et de soixante centiaunes au moins de longueur de côté qui seront cloués sur la quille et sur l’étrave et l’étambot et traversées par au moins deux des boulons dont il vient d’être parlé.

Ces équerres en consolidant l’afsemblage protègeront aussi les bois contre tout frottement.

Il y aura vingt six varangues distantes entr’elles de soixante quinze centiaunes de milieu en milieu, ces varangues auront onze centiaunes de largeur sur quatorze centiaunes de hauteur, et une longueur égale à la largeur qu’aura le bateau à la place de chacune d’elles diminuée de l’épaisseur es deux bordages des côtés, ainsi les vingt deux varangues du corps du bateau auront toutes deux aunes soixante centiaunes de longueur.

Varangue

Varangue – Avec l’aimable autorisation de l’association « LA TILLOLE BOÏENNE »

Les deux varangues de l’avant auront respectivement les longueurs de deux aunes quarante neuf centiaunes et une aune soixante douze centiaunes.

Et les deux varangues de l’arrière auront les longueurs suivantes :deux aunes soixante quatorze centiaunes et deux aunes quarante neuf centiaunes.

Les varangues du corps et de l’avant seront afsemblées d’équerre sur la quille ; à cet effet elles seront dans la partie de l’afsemblage entaillés de quatre centiaunes tandisque la quille le sera de trois centiaunes ; de manière que celle-ci dépassera en dessous les varangues de trois centiaunes, épaisseur des bordages de fond qui doivent arrasés la quille.

Les varangues de l’arrière seront afsemblées de même avec la fourrure et et placée sur la quille, de manière qu’elles conservent toujours huit centiaunes d’épaisseur de bois à l’endroit de leur assemblage.

Toutes les varangues porteront de chaque côté de la quille une lumière de trois centiaunes de hauteur sur six à huit centiaunes de largeur, destinée à procurer l’écoulement des eaux vers la pompe.

Les varangues du corps du bateau seront terminées de chaque côté en dessous par un point-coupé de vingt centiaunes de longueur, sur cinq centiaunes de hauteur, pour recevoir le bordage de fond qui se relèvera de chaque côté du bateau de la même quantité.

Le pan-coupé des varangues de l’avant et de l’arrière sera pratiqué de telle sorte que celui du bordage de fond vienne se terminer à rien vers l’étrave et l’étambot.

Pour relier les varangues avec la quille, et empêcher celle-ci de plier, on emploiera une carlingue, afsemblée comme il a été dit par ses extrémités avec les courbe d’étrave et d’étambot.

La carlingue sera de dix huit centiaunes sur vingt centiaunes d’équarrissage, elle sera posée à plat et afsemblée sur les varangues au moyen d’entailles de deux centiaunes de profondeur. pratiquées à sa rencontre dans les varangues; elles porteront elles-même à ces endroits des entailles de trois centiaunes, de manière qu’elle dépassera au dessus les varangues de six centiaunes et qu’elle laifsera entr’elle et la quille un espace de deux centiaunes.

La carlingue, les varangues et la quille seront à chaque point de rencontre reliés par des boulons de deux centiaunes de diamètre dont les clavettes seront chafsées et serrées à grands coups.

Il sera placé un alonge2 à chaque extrémité de chacune des varangues, et en outre deux alonges intermédiaires entre l’étambot et la première varangue d’arrière pour diminuer la portée des bordages en cet endroit.

Toutes les alonges de l’avant et du corps et de l’arrière du bateau seront afsemblées d’équerre avec les varangues.

Les varangues des parties arrondies de l’arrière et de l’avant seront placées de telle sorte qu’elles ayent une face dans le sens de la courbure du bateau, afin de mieux recevoir le bordage et elles seront afsemblées à mi-bois avec les varangues, de manière à venir affleurer ces pièces extérieurement.

Les deux alonges supplémentaires s’assembleront de même à mi-bois sur les courbes de fond dont il sera parlé plus loin.

Les quarante quatre alonges du corps du bateau auront une aune dix centiaunes de longueur, et viendront ainsi jusqu’au dessous du plat-bord qu’elles doivent supporté en partie.

Les allonges de l’avant et de l’arrière qui doivent traversé le plat-bord pour servir de bittes d’amarrage et pour recevoir le bastinguage auront une plus grande longueur.

Les quatre alonges servant de bittes s’élèveront de trente sept centiaunes au defsus du plat-bord ou du pont, et les six autres de vingt centiaunes seulement.

L’équarrissage des alonges sera réglé ainsi qu’il suit : quatre alonges servant de bittes d’amarrage, quinze centiaunes de largeur sur quinze centiaunes d’épaisseur ; cette épaisseur pourra être réduite de la préceinte et de la serre-bauquière3 à l’épaisseur ordinaire des autres alonges, mais la largeur devra resté la même pour que les bittes ayent assez de solidité. Pour la facilité de l’amarrage, ces bittes porteront à dix centiaunes de leur extrémité supérieure des boulons à tête, faisant de chaque côté saillie de dix centiaunes, et ayant au moins deux centiaunes de diamètre.

Deux alonges supplémentaires vers l’étambot : onze centiaunes sur dix centiaunes.

Quarante huit alonges de varangues, onze centiaunes de largeur sur quatorze centiaunes d’épaisseur au pied, et onze centiaunes de largeur sur dix centiaunes d’épaisseur à la tête.

Les afsemblages des alonges avec les varangues seront consolidées au moyen d’une fourrure qui règnera de chaque côté du bateau depuis l’étrave jusqu’à l’étambot ; cette pièce de seize centiaunes sur seize centiaunes d’équarrissage sera entaillée de quatre centiaunes de profondeur en dessous et de côté, sur une largeur de onze centiaunes à la rencontre de chaque varangue et alonge, qu’elle embrafsera ainsi toutes les deux à la fois. A chaque rencontre, la fourrure sera boulonnée alternativement avec une alonge ou avec une varangue, par des boulons de quinze miliaunes de diamètre.

Bètchète

Bètchète

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1 Courbe : pièce de bois formant un angle, et destinée à assurer la solidarisation entre la sole et la bordaille du bateau, dans un plan vertical

2Allonge : courbe en bois (pièce de bois formant un angle, et destinée à assurer la solidarisation entre la sole et la bordaille du bateau) -dans le sens de la pièce de charpente du bateau sur les anciens bateaux en bois, et notamment les péniches, pièce de bois télescopique qui permet d’allonger la portée de l’amintot, et par là de réduire l’effort à fournir pour tourner le gouvernail

3Serre-bauquière : la serre-bauquière est la ceinture intérieure qui supporte les baux, sur lesquels repose le pont.

Les photos d’assemblage d’une boïenne, pinasse à voile et à fond plat présentant pas mal de similitudes avec notre « bètchète », proviennent du site « http://latilloleboienne.voila.net »  de l’association « LA TILLOLE BOÏENNE », association ayant pour but de préserver le patrimoine maritime par la pratique de la navigation à voile sur les bateaux traditionnels du bassin d’Arcachon. Ces photos sont reproduites avec leur aimable autorisation.

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 « Un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse et Moselle » (3)

L’angle intérieur de cette pièce sera abattu sur une longueur de huit centiaunes à chaque face, de sorte qu’il ne reste plus que huit centiaunes d’épaisseur aux deux côtés intérieurs.

La fourrure pourra être de trois pièces afsemblées entr’elles à traits de Jupiter, mais ces afsemblages ne devront point coïncider avec ceux de la quille et de la carlingue. Les fourrures viendront s’afsembler par leurs extrémités sur les courbes d’étrave et d’étambot.

Une préceinte destinée à relier les alonges à leur partie supérieure, règnera tout autour du bateau ; elle aura vingt centiaunes de largeur et six centiaunes d’épaisseur et s’appliquera contre les alonges qui seront entaillées de deux centiaunes de profondeur sut tout la largeur de la préceinte, de sorte qu’elle fera saillie de un centiaune sur les bordages qui auront trois centiaunes d’épaisseur.

Râblure

Râblure – Avec l’aimable autorisation de l’association « LA TILLOLE BOÏENNE »

La préceinte s’afsemblera sur les rablures1 de l’étrave et de l’étambot et sera reliée avec ces pièces au moyen de deux courbes s’étendant depuis l’étrave ou l’étambot jusqu’aux premières alonges des varangues, et auront en même temps à supporter le bordage du pont d’avant et arrière.

S’il est nécessaire, on pourra consolider encore l’afsemblage de la préceinte au moyen d’apôtres2 placés de chaque côté de l’étrave et de l’étambot, servant à augmenter la largeur des râblures sur lesquelles la préceinte doit être clouées. Ces apôtres auront sept centiaunes sur sept centiaunes d’équarrissage.

Les courbes de dessus auront dix centiaunes sur dix centiaunes d’équarrissage, et seront afsemblées à mi-bois avec des alonges et avec l’étrave ou l’étambot.

Deux courbes pareilles en dimension règneront de chaque côté et au fond du bateau depuis les premières varangues jusqu’à l’étrave et jusqu’à l’étambot, ces courbes de fond étant destinées à renforcer l’afsemblage du bateau, seront reliées de la même manière que les précédentes avec la pièce des alonges et le bas de l’étrave et de l’étambot.

Une serre-banquière, destinée à relier encore les alonges par le haut, à donner une plus grande roideur au bateau et à supporter les baux, régnera intérieurement tout à l’entour du bateau, de chaque côté depuis l’étrave jusqu’à l’étambot.

La serre-banquière aura quinze centiaunes de largeur sur cinq centiaunes d’épaisseur, elle s’appliquera intérieurement contre les alonges qui seront entaillées à sa rencontre sur un centiaune de profondeur; elle-même sera entaillée de la même quantité en ses emdroits. Cette pièce sera afsemblée sur l’étrave et sur l’étambot au moyen de râblures intérieures, ou elle sera clopuée simplement sur les apôtres, si l’on en fait usage.

La serre-banquière sera de deux pièces si la préceinte est composée de trois, ou réciproquement, de manière que les afsemblages ne coïncident pas.

La préceinte et la serre-banquière seront reliées entr’elles et avec les alonges au moyen de boulons de quinze milliaunes de diamètre, sur chaque alonge, et prenant alternativement la préceinte avec une alonge et la préceinte avec une alonge et la serre-banquière.

Les baux destinés à relier le bateau dans le sens transversal pour l’empêcher de s’ouvrir, et à supporter en partie le plat-bord, auront douze centiaunes de hauteur sur sept centiaunes de largeur et la même longueur que les varangues aux dessus desquels ils seront placés; ils reposeront sur la serre-banquière qui, à leurn rencontre, sera entaillée de deux centiaunes de profondeur, et ils s’afsembleront sur la tête des alonges en queue d’aronde.

Il y aura cinq baux de la sorte.

Le maître-bau destiné à supporter le mat de halage aura douze centiaunes sur douze centiaunes d’équarrissage, et sera afsemblé à tenon et mortaise par tiers sur ses deux alonges.

Les deux baux de séparation du coprs avec les deux chambres d’avant et ‘arrière auront les mêmes dimensions que le maître-bau, et seront entaillés par les rablures de trois centimètre de largeur pour recevoir le vaigrage intérieur et le bordage du pont.

Les baux supportés des ponts d’avant et d’arrière auront dix centiaunes sur dix centiaunes d’équarrissage.

Deux bittes pour le mât seront appuyées contre le maître-bau de côté de l’avant, et seront boulonnées ou fixées avec cette pièce au moyen de fortes frettes3 en fer.

Ces bittes auront dix centiaunes sur douze centiaunes d’équarrissage et leur tête s’élèvera de trente sept centiaunes au dessus des plat-bords ; elles reposeront par leur pied sur une semelle afsemblée comme les varangues entre la quille et la carlingue.

A dix centiaunes de leur extrémité supérieure, elles porteront deux crapaudines doublées en fer qui recevront les tourillons du mât.

Ces deux bittes seront éloignées entr’elles de quinze centiaunes, maximum de l’épaisseur du mât, vers ses tourillons ; au tiers de leur hauteur elles porteront une traverse afsemblée avec elles comme le bau, et serviront à empêcher le mât de faire la bascule.

Le plat-bord régnant de chaque côté sur toute la longueur du corps du bateau aura trente huit centiaunes de largeur et trois centiaunes d’épaisseur ; il sera cloué sur la préceinte et sur les alonges et chevillé sur les baux et fera saillie de deux centiaunes sur la préceinte.

Les parties de l’avant et de l’arrière du bateau seront pontées au moyen de bordages de trois centiaunes d’épaisseur cloués sur les bords, sur les courbes de dessus d’étrave ou d’étambot, et sur la préceinte qu’ils dépasseront de deux centiaunes comme le plat-bord.

Ces ponts auront une légère inclinaison soit vers le corps, soit vers les côtés, pour faciliter l’écoulement des eaux ; ils seront munis de deux écoutilles pratiquées au moyen des traverses reposant sur les baux et ayant soixante quatre centiaunes sur soixante seize centiaunes.

Un bastinguage (sic) de trois centiaunes d’épaisseur sera fixé de chaque côté tant à l’avant qu’à l’arrière sur les alonges qui traversent les ponts à cet effet, et sur les rablures de l’étrave et de l’étambot. Ce bastinguage sera percé des lumières à sa partie inférieure pour l’écoulement des eaux du pont, et il aura vingt centiaunes de hauteur à l’étrave et à l’étambot, et seulement dix centiaunes de hauteur près les plat-bords ou il sera terminé.

S’il est nécessaire, on consolidera le bastinguage au moyen d’équerres clouées sur le pont.

De chaque côté du bateau et sur toute la longueur du corps il sera établi des roufles4 au traverses reposant sur les baux et clouées contre le plat-bord qu’elles serviront à renforcer ; ces traverses posées de champs auront douze centiaunes de hauteur intérieure sur cinq centiaunes d’épaisseur ; à chaque extrémité du corps elles seront réunies entr’elles par deux autres roufles de la même épaisseur, reposant sur le bau et contre le bordage du pont, et ayant supérieurement la même courbure que les barotins5 comme il sera indiqué ci-après ; ces roufles formeront ainsi l’encaifsement complet du corps du bateau.

S’il est nécessaires (sic), ces roufles seront renforcées par des équerres clouées sur les plat-bords ou contre les baux et barotins.

L’encaifsement formé par les roufles sera fermé au moyen d’écoutilles mobiles supportées sur les barbotins.

Il y aura deux sortes de barbotins ; les uns fixes, les autres mobiles, ayant tous sept centiaunes de largeur sur dix centiaunes de hauteur, au milieu, et douze centiaunes de hauteur, aux bouts, ils seront façonnés en courbe de dix centiaunes de flèche suivant le fil du bois choisis à cet effet.

Les barotins fixes seront placés au dessus de chacun des baux du corps, excepté sur les baux extrêmes qui porteront les roufles dont il a été parlé ci-dessus. Les barotins affleureront supérieurement les traverses ou roufles, et s’appuyeront de chaque côté contre ces pièces qui seront fortement chevillées contre leurs extrémités, et qui au besoin seront réunies avec les barotins par des équerres en fer, ainsi qu’il a été dit.

Bètchète en sortie d'écluse

Bètchète en sortie d’écluse

Les barotins mobiles affleureront supérieurement et extérieurement les roufles, et seront afsemblés sur ces pièces par des queues d’aronde à mi-bois, mais n’y seront pas chevillés, afin qu’on puisse les enlever à la main lors du chargement. Ces barotins seront placés au-dessus de chacune des alonges du corps qui ne portent point de baux ; cependant les deux alonges qui se trouvent immédiatement à l’avant du maitre bau ne porteront que des demi barotins reposant sur deux traverses de sept centiaunes sur dix centiaunes d’équarrissage destinées au passage du mât, lorsqu’il est nécefsaire de l’abattre.

Ces traverses reposeront par leurs extrémités à l’afsemblage à mi-bois sur les bittes du mât et sur le barotin fixe placé au-dessus des deuxièmes alonges à l’avant de maître-bau.

Tous les barotins et demi-barotins auront au milieu de leur surface supérieure une rainure longitudinale de trois centiaunes de diamètre, destinée à l’écoulement des eaux des écoutilles.

Les intervalles entre les barotins, et entre ceux-ci et les roufles extrêmes seront recouverts par des écoutilles mobiles qui dépasseront l’encaifsement du corps du bateau de deux centiaunes.

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1 Râblure : Rainure en forme de triangle pratiquée dans la longueur de la quille, de l’étambot ou de l’étrave, pour y placer l’extrémité des bordages.

2 Apôtre : Allonge qui consolide le beaupré.

3Frette : Ferrure encerclant et renforçant la tête de mât. Les frettes sont équipées de pitons à œil pour y frapper des manœuvres ou des poulies.

4 Roufle : Un rouf (aussi nommé roufle ou roof) est une superstructure d’un bateau ne s’étendant pas sur toute sa largeur.

5 Barrotin : Le barrot est une pièce transversale de la charpente d’un bateau allant d’un bord à l’autre et soutenant le pont. Le barrotin est un barrot qui ne va pas d’un bordé à l’autre du bateau.

Les photos d’assemblage d’une boïenne, pinasse à voile et à fond plat présentant pas mal de similitudes avec notre « bètchète », proviennent du site « http://latilloleboienne.voila.net »  de l’association « LA TILLOLE BOÏENNE », association ayant pour but de préserver le patrimoine maritime par la pratique de la navigation à voile sur les bateaux traditionnels du bassin d’Arcachon. Ces photos sont reproduites avec leur aimable autorisation.

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« Un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse et Moselle » (4)

Chaque écoutille aura en largeur un centiaune de moins que la distance des barotins sur lesquels elles doivent reposer, mesurée de milieu en milieu.

Toutes les écoutilles ou demi—écoutilles auront la même courbure que les barotins et seront formées de planchettes de deux centiaunes d’épaisseur, bien jointives, ou à clin, angré du constructeur, calfatées1 ou tinglées et bien étanches ; ces planchettes seront afsemblées au moyen de lattes courbes, tant en dessus qu’en dessous, et ayant la solidité nécefsaire pour supporter le poids des hommes et des manœuvres.

Ces lattes seront placées de manière que les écoutilles soient bien encastrées entre les barotins et ne puissent dévier de leur position par les mouvements du bateau.

L’intervalle que les demi-écoutilles laissent entr’elles pour le passage de la partie inférieure du mât, sera fermé par une planchette légèrement en dos d’âne, recouvrant de cinq centiaunes environ les extrémités supérieures des demi-écoutilles, et retenues en place par des réglettes intérieures.

Les ponts et leurs écoutilles, les jointures des plat bords et toutes autres coutures au dessus du bateau seront calfatées ou tinglées avec soin, et devront être parfaitement étanches.

Tracé du canal Meuse et Moselle - G. de Pierpont

Tracé du canal Meuse et Moselle – G. de Pierpont

Les bordages des côtés du bateau auront trois centiaunes d’épaisseur et vingt centiaunes de largeur, ; le bordage supérieur sera jointif avec le dessous de la préceinte, et le bordage inférieur affleurera le dessous des varangues.

Les bordages seront cloués sur chaque alonge, sur les courbes inférieures et supérieures des extrémités et sur les rablures de l’étrave et de l’étambot, de même que la préceinte. Il y aura au moins deux clous par bordage sur chacune des alonges ; les joints des bordages coïncideront avec les milieux des alonges, et ils devront être distants entr’eux de tout l’intervalle qui sépare au moins trois alonges.

Les bordages de fond auront la même épaisseur de trois centiaunes et une largeur de vingt deux centiaunes au maximum ; ils auront aussi leurs joints sur le milieu des varangues et espacés comme ceux des bordages de côté ; ils seront cloués de même sur les varangues et sur les courbes de dessous d’étrave et d’étambot ; ils seront serrés contre la quille et affleureront à l’extérieur les bordages de côté, de manière à les protéger contre les frottements.

Les deux bordages de fond extérieur étant plus sujets à s’user dans les frottements, auront quatre centiaunes d’épaisseur de côté extérieur et seulement trois centiaunes comme les autres, à l’intérieur.

Tous les joints des bordages entr’eux, et avec la quille, la préceinte, l’étrave, l’étambot et sa fourrure, seront calfatés et passés au brai, de manière que le bateau soit parfaitement étanche et n’ait aucune voie d’eau.

Toutes les parties extérieures du bateau, des ponts, des écoutilles en seront goudronnées à deux repris ??? en temps opportun ; la première couche à chaud, et la seconde à froid, mais par un temps sec et chaud et lorsque la première couche aura suffisamment pénétré dans le bois et sera parfaitement sèche.

On emploiera du goudron du nord ; cependant pour le fond et pour les côtés jusqu’à vingt cinq centiaunes au dessus de la quille, on pourra employer du goudron de houille2.

Du vaigrage3 intérieur.

Les chambres d’avant et d’arrière seront séparées du corps du bateau par des bordages de trois centiaunes d’épaisseur, cloués contre les alonges et les baux, et soutenus par des montants de sept centiaunes d’équarrissage, assemblés sur les varangues et sur les baux.

Le vaigrage des côtés, tant du corps du bateau que des chambres d’avant et d’arrière, aura deux centiaunes d’épaisseur et sera cloué intérieurement contre les alonges formant ainsi tout l’espace entre la serre bauquière et les ferrures des baux et varangues.

Le vaigrage de fond, tant de l’avant que de l’arrière, aura aussi deux centiaunes d’épaisseur et sera cloué sur les varangues, de manière à joindre d’un côté la carlingue et de l’autre les ferrures.

Quant au vaigrage de fond du corps du bateau, il aura trois centiaunes d’épaisseur et sera formé de planches bien droites de vingt centiaunes d’épaisseur à vingt cinq centiaunes au plus de largeur ; il sera posé, mais non cloué, sur les varangues et fermera de chaque côté tout l’espace compris entre la carlingue et les fourrures.

Le gouvernail sera suspendu au moyen de deux gonds de dix centiaunes de longueur et de vingt cinq milliaunes de diamètre ; l’aillet supérieur sera pratiqué à l’extrémité d’un boulon traversant l’étambot et sa courbe, et serré intérieurement au moyen d’une forte clavette. L’aillet inférieur sera supporté par une frette de un centiaune d’épaisseur sur cinq centiaunes de largeur, embrassant l’étambot et la fourrure de la quille où elle sera boulonnée. Les gonds seront fixés sur la mèche de la même manière que les aillets le sont sur l’étambot. La mèche du gouvernail aura dix huit centiaunes sur dix huit centiaunes d’équarrissage et sera taillée à angle droit comme l’étambot sur toute la longueur de cette pièce. La semelle aura dix centiaunes d’épaisseur, dix huit centiaunes de longueur près la mèche et seulement dix centiaunes à l’autre extrémité. Le dessus aura sept centiaunes d’épaisseur et une largeur moyenne de onze centiaunes.

L’assemblage de la mèche et de la semelle4 sera consolidé par des équerres en fer.

Toutes les pièces du gouvernail porteront une rablure de trois centiaunes pour recevoir le bordage qui aura cette épaisseur.

La mèche du gouvernail s’élèvera de dix sept centiaunes au dessus de l’étambot ; à sept centiaunes de son extrémité supérieure ; elle sera percée en son milieu d’un trou rectangulaire de huit centiaunes de largeur sur dix centiaunes de hauteur du côté intérieur, et quinze centiaunes de hauteur du côté extérieur. Cette ouverture destinée à recevoir la barre du gouvernail sera garnie intérieurement d’une plaque de fer et percée d’un trou pour le pafsage d’une cheville destinée à relever la barre qui pourra s’abattre à volonté et devenir horizontale.

La tête de la mèche sera en outre garnie d’une forte frette.

La barre aura deux aunes de longueur totale et dix centiaunes sur douze centiaunes d’équarrissage ; elle sera garnie d’une légère plaque de fer sur toute la partie de son extrémité destinée à entrer dans l’ouverture de la mèche qu’elle dépassera de dix centiaunes pour être arrêtée au moyen d’une clavette.

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Bètchète à Esneux

Bètchète à Esneux

1 Le calfatage est l’action qui consiste à remplir à force les espaces entre les planches constituant le revêtement extérieur de la coque (bordage) et du pont d’un bateau. Sa première fonction est de bloquer les bordés entre eux de façon à permettre à la coque de résister aux efforts de cisaillement. Ceci se faisait traditionnellement à l’aide de filasse (ou étoupe) appliqué en force, par boucles successives, par le calfat, en frappant avec un maillet sur des outils spécifiques (ciseau, fer à calfat, etc.), filasse en général protégée ensuite par un enduit fait de brai bitumineux ou de goudron.

2 Les goudrons de houille (coal tar), appelé aussi simplement goudron, sont des dérivés houillés de couleur marron à noire, très visqueux, voire solides (brai de goudron). Ce sont des sous-produits de la distillation de la houille lors de la fabrication du coke, ou de sa gazéfaction en gaz de houille. Les goudrons de houille ont longtemps été employés pour leurs propriétés d’imperméabilité : chaussées, joints de toiture, calfatage des coques de navire, etc. ou pour leurs propriétés de liant, c’est-à-dire comme une forme de mortier, conférant de la cohésion

3 Le vaigrage est l’ensemble des pièces qui sont placées sur les couples du côté intérieur de la coque d’un bateau. Le vaigrage n’a pas autant d’importance que son cousin proche le bordage qui se trouve lui du côté extérieur et fait l’étanchéité de la coque. On pourrait l’assimiler à un revêtement intérieur mais il renforce quand même la structure générale du bateau

4 Semelle d’étambot : partie extrême arrière de la quille, qui supporte la base de l’étambot.

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« Un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse et Moselle » (5)

Agrès et accefsoires.

Le mât sera de six aunes trente centiaunes de longueur totale, quinze centiaunes d’équarrissage aux tourillons1, finissant à douze centiaunes d’équarrissage au pied. La distance entre le pied et les tourillons étant d’une aune trente centiaunes.

Le tourillon du mat aura vingt six milliaunes de diamètre ; il sera quarré dans toute la partie intérieure traversant le mat et rond aux deux extrémités, sur une longueur de dix centiaunes. Il sera consolidé dans le mat au moyen de deux plaques carrées encastrées dans celui ci et ayant six centiaunes de côté. A dix centiaunes au dessus des tourillons, le mat commencera à s’arrondir sur un diamètre de quinze centiaunes qui se réduira à onze centiaunes à une distance de quatre aunes des tourillons. A cet endroit le mat reprendra sur une longueur de trente centiaunes, la forme carrée de onze centiaunes sur onze centiaunes de côté, pour recevoir une poulie de dix centiaunes de diamètre et de trois centiaunes d’épaisseur.

L’ouverture sera pratiquées au milieu de cette partie carrée du mat, aura trois centiaunes de largeur, quatorze centiaunes de hauteur et traversera le bois d’outre en outre. Le boulon pour la poulie sera percé de six centiaunes au dessus du côté inférieur de l’ouverture, de manière à laisser un centiaune de jeu au dessous de la poulie, et trois centiaunes au dessus. Ce boulon sera carré à l’une de ses extrémités sur quatre centiaunes de longueur et rond sur tout le reste de sa longueur qui sera de onze centiaunes en totalité ; il aura quinze milliaunes de côté et de diamètre, le trou de la poulie sera garni d’une rondelle de cuivre de cinq milliaunes d’épaisseur.

Cette poulie sera en bois de gayac2 ou autre bois dur et portera à son pourtour une gorge demi circulaire de deux centiaunes de diamètre.

Au dessus de cette partie carrée, le mat reprendra la forme circulaire sur dix centiaunes de diamètre finissant à huit centiaunes à l’extrémité supérieure, sur une longueur de soixante dix centiaunes.

Une frette de cinq centiaunes de largeur sur un centiaune d’épaisseur sera fixée à frottement sur la partie inférieure du front du mat reposant sur la saillie de la partie carrée de la poulie, cette frette portera trois aillets, un à l’avant, et deux sur les côtés, pour les attaches de l’était et des haubans s’il en est besoin.

L’extrémité supérieure du mat sera garnie d’une frette semblable, mais ne portant qu’un seul aillet à l’arrière pour drisse3 de pavillon au besoin.

Le mât sera en sapin rouge du nord4 dit bois de mât.

Afin d’éviter l’emploi d’un étai et pour empêcher cependant le mât de se renverser vers l’arrière lorsqu’il sera drefsé, il sera retenu dans sa position verticale par un clicket5 placé sur les bittes à la hauteur de la traverse de retenue6, à cet effet les boulons qui afsemblent cette traverse avec les bittes auront leurs têtes façonnées en anneaux, le clicket sera fixé dans l’un de ces anneaux à demeure, et dans l’autre au moyen d’une clavette suspendue par une légère chainette.

Pour contrebalancer la traction de la corde de halage et empêcher le mât de plier vers l’avant ?? on emploiera de chaque bord un hauban fixé à l’anneau du même côté de la frette du mât et ri ?, au moyen d’un ?? sur un étrier fixé à la ? par un des boulons d’afsemblage au defsus du premier bau vers l’arrière, à partir du maître bau7. Ces attaches auront lieu au moyen de crocs8 à cofses à l’entour desquels les cordages seront épissés9.

Les haubans10 auront trois centiaunes de diamètre et quatre aunes cinquante centiaunes de longueur depuis le croc jusqu’à la poulie simple fixée à leur extrémité inférieure et pèseront ensemble cinq livres six onces11.

Les rides auront quinze milliaunes de diamètre, quatre aunes de longueur totale et pèseront ensemble une livre trois onces ; ils seront fixés avec une cofse en dessous de la poulie simple, la poulie double du palan sera, comme il a été dit, attachée par un croc à l’anneau de l’’étrier.

Haleurs

Haleurs

La corde de halage aura vingt cinq milliaunes de diamètre et cent aunes de longueur et pèsera quarante livres des Pays-Bas, elle portera à l’une de ses extrémités, une poulie coupée ou une forte cosse pour le pafsage de la corde de halage. Pour l’amarrage de ces manœuvres, il y aura un baquet fixé sur chaque bitte du mât, tant à l’avant qu’à l’arrière.

Les amarres12 seront au nombre de trois. Elles auront trois centiaunes de diamètre et vingt aunes de longueur, et pèseront ensemble trente huit livres des Pays-Bas.

Tous ces cordages seront fabriqués en fils goudronnés à trois torons13 et deux fois commis.

Le câble pour l’ancre aura quatre centiaunes de diamètre et quarante aunes de longueur ; il sera fabriqué de même que les autres cordages et pèsera quarante livres.

Une rainure de cinq centiaunes de largeur et d’autant de profondeur sera pratiquée sur la tête de l’étambot à son milieu et dans le sens longitudinal, pour recevoir la cable lorsque l’ancre est jetée. L’ancre sera levée à la serpe ou, s’il est nécessaire, au moyen d’un cabestan14 qui sera établi plus tard sur le pont, au moyen de deux cordes boulonnées sur le pont et contre les bords des premières alonges.

L’ancre sera de poids de soixante livres des Pays-Bas, elle sera fabriquée avec le meilleur fer et par le procédé de barres forgées toutes à la fois, le jas15 sera en fer, recourbé par une de ses extrémités, de manière à pouvoir être couché sur la berge. Il sera retenu dans son encastrure16 par un léger renflement de son extrémité et pourra être fixé dans une position perpendiculaire à la verge17, au moment du service, par une clavette qui le traversera près de l’encastrure.

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1Tourillon : un organe mécanique de révolution, utilisé pour guider un mouvement de rotation

2 Le gaïac est un bois brun verdâtre très dur. On trouve ces essences dans les Amériques tropicales, notamment dans les Antilles et au Venezuela.

3 Drisse : Désigne les petits filins servant à hisser le pavillon national, les marques, les flammes de manœuvre et les pavillons de signaux sur tous les types de navires.

4Le sapin rouge (Abies magnifica) est un conifère qui pousse dans l’ouest de l’Amérique du Nord et qui vient des montagnes du sud-ouest de l’Oregon et de la Californie aux États-Unis.

5Clicket :

6 Traverse de retenue :

7 Maître-bau : le maître-bau est la mesure de la plus grande largeur d’un bateau

8 Croc : Pièce métallique recourbée en forme d’hameçon

9 Episser : Faire une épissure. Une épissure est un tressage d’un cordage dans un autre ou dans lui-même pour effectuer une boucle ou une liaison.

10 Hauban : Forte manœuvre dormante, en cordage ou en fil d’acier, chargée d’assujettir un mât par le travers ou par l’arrière, comme le font les étais par l’avant.

11 Soit 5, 600 Kg, la livre des Pays-Bas étant égale au kilogramme et divisible en 10 onces, soit 100 grammes l’once.

12 Amarre : Solide ligature en filin textile ou métallique fixant deux éléments l’un à l’autre (cordages, espars, etc.).

13 Toron : élément de cordage constitué par la réunion de plusieurs fils de caret tournés ensemble. Un cordage est constitué de plusieurs torons. Lorsqu’il se décommet, ce sont les torons qui se déparent.

14Cabestan : Appareil utilisé autrefois sur les navires pour les manœuvres de force : relevage des ancres, hissage des mâts de hune et des vergues, etc. Il se composait d’un fût cylindrique vertical, la mèche, pivotant autour de son axe, posé sur une crapaudine tenue aux passages de pont dans un étambrai.

15Jas : Traverse formant une croix avec la tige d’une ancre. Le jas est positionné en haut de verge, du côté où est frappée la chaîne. Perpendiculaire au plan des pattes, le jas force l’ancre à crocher dans le fond.

16 Encastrure :

17 Verge : Partie droite d’une ancre entre l’organeau (anneau) et le diamant (partie inférieure).

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« Un bateau destiné à la navigation du Canal de Meuse et Moselle » (6)


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L’ancre aura les dimensions suivantes dans les diverses parties

Longueur de la verge une aune soixante centiaunes..1,70

Grosseur de la verge au fort vingt un centiaune …..0,21

Grosseur de la verge au faible onze centiaunes ……0,11

Longueur d’une des faces de l’encastrure ou culasse dix centiaunes . 0,10

Largeur d’une des faces de l’encastrure ou culasse cinq centiaunes .. 0 ,05

Longueur du jas une aune soixante centiaunes …..1,60

Largeur du jas quatre centiaunes ………..0,06

Epaisseur du jas deux centiaunes ……….0,02

Distance entre le jas et l’organeau ? ou longueur de la tête dix centiaunes . 0,10

Grosseur de l’organeau sept centiaunes ……….0,07

Diamètre ? extérieur dix neuf centiaunes……0,19

Grosseur des bras à l’encolure vingt un centiaunes….0,21

Id près la patte onze centiaunes ……0,11

Longueur des bras, depuis l’encolure jusqu’à la patte vingt trois centiaunes. 0,23

Longueur de la partie des bras recouverte par la patte vingt sept centiaunes. 0,27

Longueur des becs dix centiaunes …………0,10

Largeur de la patte dix huit centiaunes ………0,18

Longueur ? trente trois centiaunes ………0,33

Epaisseur ? un centiaune …………0,01

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La verge doit être légèrement aplatie dans le sens des branches et les aifselles doivent avoir un angle de quarante cinq degrés, enfin l’organeau doit être garni d’une emboudinure1  pour ménager le cable.

Il y aura à bord deux crocs, l’un de quatre aunes de longueurs, et deux gaffes de même dimension ; quatre blocs et deux bouées d’abordage, plus un grappin à quatre branches du poids de quatre livres.

Il y aura en outre une pompe mobile en bois de six centiaunes de diamètre intérieur, garnie de son piston avec une tige.

La pompe aura une aune soixante centiaunes de longueur totale pour pouvoir verser les eaux par-dessus le bord.

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Espèces et qualités des bois et autres matériaux.

Le métré indiquant suffisamment les bois à employer pour chacune des différentes pièces qui composent le bateau, il suffira d’indiquer ici les qualités générales des divers efsences et pièces à employer.

Le bois de chêne pour charpente aura au moins deux ans de coupe, celui pour bordages aura au moins trois ans de coupe, à moins qu’il n’ait été débité depuis plus d’une année, auquel il suffira qu’il ait deux ans de coupe.

Le sapin et les bois blancs pour charpente auront une année de coupe au moins et les bordages d’écoutille devront être débités depuis une année au moins.

Les vaigrages intérieurs pourront seuls être débités au moment de l’emploi.

Tous ces bois seront sans aubier, sans nœuds vicieux, sans flaches, et parfaitement sains. Ils devront tous être taillés et employés suivant le fil du bois, les courbes devront être naturelles dans les pièces de charpente.

Les fers devront être doux, non cafsants, et outillés à chaud et à froid ; ils proviendront des meilleures fabriques du pays, et ne devront être ni laminés ni étirés, mais travaillés à la forge. Ils devront être exempts de paille et soufflures.

Les clous devront être de la meilleure qualité à tête carrée, mais non aplatie ; ils devront avoir en longueur un centiaune de plus que le double de l’épaisseur des pièces qu’ils sont destinés à fixer. Ainsi les clous pour les bordages de trois centiaunes auront sept centiaunes de longueur.

Les têtes des boulons, les équerres ? seront encastrés de la moitié de leur épaisseur au moins dans les bois.

Le calfat sera de bonne qualité et ne pourra provenir de vieux cordages, et sera convenablement goudronné.

Le goudron du nord sera limpide, bien coulant et non grumeleux.

C. ?                      J. Liétard.

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Objets de gréement2 détaillés au devis

1 Mat en sapin rouge du nord

2 Haubans

2 Palans3 et leurs poulies

1 Corde de halage

1 Drisse et sa poulie

3 Amarres

1 Câble

1 Ancre du poids de soixante livres

2 Crocs

2 Gaffes

1 Pompe en bois sur tige et son piston

4 Blocs en bois

Bètchètes (Trausch) à Grevenmacher (Collection: Carlo Jager)

Bètchètes (Trausch) à Grevenmacher (Collection: Carlo Jager)

1 Emboudinure : Garniture entourant l’organeau (ou cigale) d’une ancre afin de protéger l’étalingure (emboudinure de cigale).

2 Gréement : Ensemble de tous les accessoires de voilure et de mâture.

3 Palan : Manœuvre composé d’une ou de plusieurs poulies et d’un cordage passant par elles pour effectuer des travaux de force. Dans le cordage, on distingue le dormant, fixé à la poulie et le garant (ou courant) sur lequel on exerce une traction.

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