Un Canal et des Hommes

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A la découverte des paysage de l’Ardenne centrale

Introduction

Différents articles (voir la page Géographie) nous ont déjà donné un aperçu de la géographie économique et sociale du Grand-Duché de Luxembourg et ses habitants dans les années 1830. L’article ci-dessous apporte un éclairage supplémentaire par une analyse des paysages du territoire que devait traverser le canal Meuse & Moselle.

La source principale de cet article est une conférence intitulée « A la découverte des paysage de l’Ardenne centrale » donnée en 2006 par Dimitri Belayew, enseignant à la Faculté Universitaire Notre-Dame de la Paix,

Le texte qui suit a été rédigé par Hervé Brichet, alors en poste au Parc Naturel des Deux Ourthes. Il reprend les grandes lignes de l’exposé de Dimitri Belayew.

L’avancement des travaux de recherche du Cercle d’Etudes du Canal de Bernistap-Hoffelt (le CECBH) nous a amené à introduire quelques explications complémentaires à ce texte. Ces ajouts au texte initial sont en italiques et préfixés de l’indication [Cecbh].

Avant l’an 1000

Les Celtes (I er millénaire av. J.-C.)

La région est occupée depuis des périodes reculées comme l’atteste la forteresse celtique du Cheslé dont la construction remonte à environ 500 ans avant J.C. Les sites celtiques sont fortifiés et sont situés sur les sommets ([Cecbh] les Blancs Bois à Houffalize). En dehors de certains sites bien précis, le paysage conserve peu d’empruntes de la civilisation celtique.

Le Cheslé

Le «Cheslé» est juché au sommet d’un éperon rocheux blotti dans un méandre presque complètement refermé en aval du Hérou. Les versants y sont raides, avec des dénivelées de l’ordre de 70 m. Il s’agit donc d’un site isolé, permettant une protection facile, mais qui n’occupe pas une situation dominante (son sommet est sous l’altitude du plateau ardennais). Le contrôle qu’il a pu exercer à l’époque celtique se réduit aux versants du méandre et au passage du gué des Haches. Avec 13 hectares de superficie interne et 1700 m de rempart, la fortification du Cheslé apparaît cependant comme la plus importante du plateau ardennais à l’âge du fer. Cette place forte remonte plus précisément au Premier Age du Fer ou époque de Hallstt. Elle est donc antérieure de quelque 400 ans au moins aux écrits de César. Le rempart est dédoublé sur son versant ouest et renforcé par un épais mur de barrage au nord avec une porte unique divisant la muraille en deux courtines. En 1997, le site a fait l’objet de fouilles archéologiques (Prof. Bonenfant, Université libre de Bruxelles). Bonenfant (1997) mentionne que «le réexamen d’une coupe stratigraphique a montré trois états : une petite construction limitée à un chemin de ronde palissadé, dominant la longue pente dévalant à 45° vers l’Ourthe; une construction plus élevée, bâtie en pierre et bois, formée d’une maçonnerie de moellons bruts et assemblés à sec, raidie par des poteaux en façade et des traversines engagées dans l’oeuvre; en troisième lieu, une construction plus importante, mais de même style (…). Ces trois états s’étagent sur la pente de bas en haut, ce qui paraît bien correspondre à leur ordre chronologique relatif ».

Les Gallo-Romains (1er siècle av. J.-C. – 476)

Les Celtes seront appelés par les Romains « Gaulois » (Galli en latin). Notre région fait partie de la « Gallia comata » – « Gaule chevelue » ou « Gaule boisée » (soit en raison des longs cheveux que nos ancêtres avaient, soit en raison des forêts qui composaient l’essentiel de nos paysages) La « Gallia comata » comprenait le centre, le nord et l’ouest de la France, la Belgique, le Luxembourg et une partie de l’Allemagne et de la Suisse.

La civilisation romaine aura principalement deux impacts sur le paysage du territoire.

Les voies romaines

Les voies romaines sont aménagées sur les crêtes car elles offrent une meilleure vue pour anticiper le danger et sont moins boueuses. Elles marquent ainsi les limites entre les bassins hydrographiques. Elles sont relativement rectilignes. Leur but est de faciliter les échanges commerciaux mais surtout, d’améliorer la rapidité des déplacements des troupes militaires (et de l’approvisionnement de celles-ci) entre Rome et les camps situés aux frontières de l’Empire. Elles passent d’ailleurs souvent loin de toutes agglomérations, à travers les labours et les bois.

Deux voies romaines importantes traversaient le Parc Naturel : la route Reims-Cologne (…Bastogne, Bourcy, Buret, Baraque Dupont, Baraque Dumont, Hautbellain,…) et la route Metz-Tongres (…Mande-St-Etienne, Givroule, Wyompont, Beaulieu, Beausaint,…). Des chemins secondaires (diverticulum) reliaient les villages entre eux. Sur le territoire du Parc Naturel, nous n’avons trouvé aucune trace de pavement de ces sentiers (d’où l’appellation plus judicieuse de voie au lieu de chaussée).

Certains tronçons de la voie romaine Reims-Cologne seront plus largement réutilisés au Moyen-Âge : cette route s’appelait alors le Grand chemin Bastogne-Stavelot-Saint-Vith. La route Metz-Tongres (à l’origine moins fréquentée), reliant des points du territoire qui ont des fonctions moindres au Moyen-Âge, va progressivement disparaître des cartes.

[Cecbh] Il semble de plus en plus certain, à l’heure actuelle, que ces fameuses voies romaines reprenaient des voies de communication celtes, existant donc avant la période romaine. Plusieurs éléments viennent étayer cette nouvelle thèse: la confirmation de l’existence d’échanges commerciaux très importants entre la Gaule et Rome bien avant la conquête par Jules César et la rapidité extrême avec laquelle ce dernier remonta la Gaule avec son armée lors de l’insurrection de Vercingétorix. Sans routes importantes et en bon état, l’armée de César n’aurait pu traverser aussi rapidement des territoires doublement hostiles.

Le cadastre romain

Peu après la conquête de la Gaule, les Romains découpèrent leur territoire en centuries, des parcelles de terre carrées ou rectangulaires regroupant cent citoyens et soumises à un impôt foncier. Les centuries étaient subdivisées en lots délimités par des bornes, sentiers, murets, fossés ou haies.

La parcellisation cadastrale actuelle de la région de Limerlé, Rettigny, Gouvy, Asselborne, Basbellain et Hautbellain, Biwisch et Troisvierges (domaine romain et mérovingien de Belsonancum) est héritée de ce découpage. Ces parcelles s’alignent suivant deux directions privilégiées (comme le cardo et le décumanus des camps romains).

Par ailleurs, c’est durant cette période qu’apparaît aussi une première vague de christianisation (dès le 1er siècle), mais celle-ci reste très faible car notre contrée est proche du front Nord (province romaine soumise aux invasions barbares).

Vestiges

L’occupation romaine a également laissé quelques vestiges (villas romaines de Nadrin [Cecbh] , de Rouvroy, de Fin-de-ville à Houffalize, lieu-dit « La Croix de l’Homme »,…).

Les Mérovingiens (progressivement à partir du Ve siècle jusqu’à 751)

= Dynastie de rois francs débutant vers le milieu du Ve siècle avec Mérovée et terminant avec Childéric III (751)

Durant les trois siècles que couvre leur pouvoir, les Mérovingiens vont appliquer, à des peuples relativement civilisés, un gouvernement brutal, anarchique et maffieux. Aidés par l’effondrement quasi universel des civilisations antiques, ils vont piller le potentiel économique de tout le nord de la Gaule, jusqu’aux fondations de ses monuments les plus prestigieux.

A l’exception de la défense du pays contre des envahisseurs encore plus barbares qu’eux, il est difficile même au plus complaisant des historiens de leur trouver quelques grandes vertus. Leur dynastie sera d’ailleurs si néfaste, pour les régions qu’ils occupent, qu’à la fin du VIIIè siècle la démographie et le niveau de vie n’auront jamais été aussi bas depuis le début de l’âge du fer (Il avait moins de 6 millions d’habitants peu avant que commence la conquête romaine, presque 12 millions à sa chute, et moins de 6 millions au milieu du VIIIe siècle). Leurs règnes auront été si « mortels » pour les arts et la civilisation, que les historiens qualifieront de « Renaissance carolingienne » l’époque de leurs successeurs.

Seuls vestiges de cette époque : les nécropoles (les tombes sont rudimentaires: en plâtre, bois, en pleine terre).

Les Carolingiens (751 – 911/987)

= Dynastie de rois francs de Pépin le Bref (751) jusqu’en 911 (en Germanie) et 987 (en France), à laquelle a appartenu Charlemagne.

A l’époque carolingienne, l’enseignement prend son essor, et, par là même, l’évangélisation aussi (du 8e, 9e au 10e siècle). La croyance au jugement dernier est remise en place. On trouve souvent, sous les tombes carolingiennes, des tombes mérovingiennes.

On perçoit alors la dîme[1].

Avant l’an 1000, il n’y avait pratiquement aucun village fixe. Les villages étaient constitués de bâtisses en bois (cabanes). Après 2-3 ans, les terrains cultivés en permanence subissent déjà une baisse de la fertilité naturelle du sol. Il fallait alors cultiver de nouveaux terrains (défrichés par essartage[2]) plus à l’écart du village. A partir d’un certain moment, on se retrouvait à devoir exploiter des terrains tellement éloignés qu’il valait mieux démonter et reconstruire le village plus loin. C’est pour cela que les villages n’étaient occupés que durant 30 à 40 ans.

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[1] [Cecbh] Au Moyen-âge, les dîmes sont imposées par l’Église catholique avant le VIIe siècle. Elles ont été officiellement reconnues et généralisées en 779. Les paysans devaient offrir un dixième de leur récolte, alors que les artisans devaient offrir un dixième de leur production.

[2] [Cecbh] L’essart désigne des cultures mobiles, accompagnées de brûlements de végétaux. Le sens le plus généralement accepté aujourd’hui est celui de défrichement dans un but agricole. Source Wikipedia.

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Epoque traditionnelle (de 1000 à 1850)

Cette époque, ainsi que celles antérieures, correspondent à la civilisation de la céréale, seule denrée qui permette d’être conservée d’une récolte à l’autre.

De plus, le réchauffement du climat (du 9e au début du 14e siècle) favorise la culture de ces céréales.

De 1000 à 1350 : Fondation des campagnes

Agriculture

Plusieurs nouvelles pratiques sont à l’origine d’un développement démographique :

  • La charrue permet de retourner la terre (avant, on ne faisait que la griffer)
  • Le collier d’attelage(avant, c’était sur le front du cheval)
  • L’assolement triennal et la jachère nue : les trois soles[1] mises en rotation (d’un tiers chaque année)  sont la culture du seigle d’hivers (céréale la plus productive de l’époque), de l’avoine (ou de l’épeautre) et la jachère.
  • Pacage[2] des terres communes et vaines pâtures. En effet, a l’époque, il y a des champs, des bois mais il n’y a pas de prairie : le bétail va paître dans les landes. Cependant, dans ces landes, il y a peu de nourriture : on choisi donc l’élevage de mouton.

Le bétail engendre des matières organiques et donc de l’engrais qu’il faut exploiter au mieux : on place l’étable près de la zone de champs pour limiter les déplacements lors de l’épandage d’engrais sur les terres cultivées. Ainsi, le bétail se nourri dans les landes, il digère en chemin et excrète dans l’étable.

Pour nourrir le bétail lorsqu’il est dans l’étable (en hiver), on crée un terroir à foin dans les fonds de vallée.

De cette façon, l’essentiel autour du finage[3] ce sont les landes, et, dans la plaine alluviale, les prés de fauche.

Urbanisme

Vu l’insécurité importante de la région à cette époque, le village est placé sur un site défensif (en hauteur comme un château fort), sur l’adret[4], à la charnière entre les champs et les prés de fauche.

La population se réparti autour de l’église. L’habitat est groupé mais sans mitoyenneté. Le village comporte une dizaine de maisons dont chacune est occupée par un ménage de 4 à 5 personnes en moyenne (la natalité était forte mais le taux de mortalité infantile l’était aussi ; peu de ménages composés de plus de deux générations car l’espérance de vie tournait alors autour de 40 ans).

Les maisons sont à colombage et le toit est en chaume (paille de seigle).

L’église de type roman est le seul bâtiment en dur. Autour de celle-ci sont édifiés les remparts (de 3-4 m de hauteur) à l’intérieur duquel on enterre les morts à même le sol (sans pierre tombale).

En cas d’agression, les villageois se regroupent dans l’église, on rassemble le bétail derrière les remparts (à Biesmes, on a des traces écrites d’un village qui a vécu durant 110 jours derrière ces remparts et a survécu au siège d’une bande locale de pillard : ils y dormaient, cuisinaient,…).

La solidarité est très importante dans les villages, la gestion du finage est commune : le contrôle social est important ainsi que le sens du devoir.

L’architecture est bioclimatique : chauffage au bois, versant adret, éclairage à la lampe à huile.

Il y a d’autant plus de villages que le territoire est compartimenté (vallons…). Autour de chaque village (groupement d’habitations composé d’une église), se répartissent 4 à 5 hameaux.

Au 12e siècle, on assiste à une deuxième génération de village, dont la toponymie est de type « Laneuville-au-Bois », « Noville »,…

Voirie

Les chemins de l’époque n’étaient ni pavés, ni même empierrés; c’était des chemins de terre qui n’étaient donc praticables que la moitié de l’année.

De 1350 à 1710 : Temps des malheurs

Cette structure persiste mais la population diminue. Plusieurs phénomènes y contribuent :

  • On rentre dans la période du petit âge glaciaire : les conditions de vie se détériorent et les ressources se raréfient.
  • On a des traces de plusieurs famines.
  • La peste fait des ravages.
  • Les guerres sont fréquentes :

Vu l’affaiblissement des ressources, les convoitises augmentent et les puissants bataillent pour contrôler ce qu’il reste de ressource. Remarquons que les guerres ont, toutes, lieu entre mai et octobre, ce qui témoigne de la rudesse du climat et de l’impraticabilité des chemins durant la période hivernale.

Ce contexte entraîne une vie villageoise très autarcique.

La prairie artificielle est inventée au 17e siècle.

De 1710 à 1850 : Modernisation des campagnes

Durant cette période, la situation s’améliore.

Agriculture

Extension du finage et changement radical de l’affectation du sol

Le changement est lié à l’évolution de l’agriculture et de la société rurale: loi des communaux de 1847èdiminution des bruyèresèdiminution de l’élevage des moutons (herde).

Suite à la famine des années 1840-45, le gouvernement impose aux communes de mettre en exploitation intensive les terres incultes : soit la vente aux paysans des terres les meilleures et les mieux situées par rapport aux villages, soit ces terres sont boisées d’essences rapidement productives (conifère : pin sylvestre et puis l’épicéa à partir de 14-18).

On abandonne la jachère nue au profit de la culture de la légumineuse.

Urbanisme

Avant la fin du 18e, il y a de réelles difficultés à circuler dans nos campagnes.

Création des grandes chaussées :

Marie-Thérèse d’Autriche fait construire de nouvelles chaussées (future N4) afin de mettre en liaison toutes les parties de son empire avec Vienne. Or Bruxelles fut une ville importante de cet empire. La liaison traverse l’Ardenne (ébauche de la N4). Cette voie est pavées car les chemins traditionnels (en terre) étaient impraticables la moitié de l’année (boueux). On assiste ainsi à la mise en place d’un des premiers plans routiers depuis la création des chaussées romaines (carte de Peutinger). Les barrières (Hinck, Champlon) étaient d’anciens points de péage.

Malgré cette construction, la région reste encore très mal desservie par les voies de circulation. Seules les zones situées à proximité de celles-ci subissent un certain désenclavement économique (Tenneville, Ortheuville,…), ce qui leur permet de ne plus compter entièrement sur leurs propres forces pour assurer leur subsistance (l’autarcie de ces communautés villageoises n’est plus totale).

A l’époque, on manque de bois, toutes les réserves forestières sont réduites.

Canal de l’Ourthe (1827-1950)

Les rivières qui entaillent le coeur du massif vallonné ne sont navigables que durant les crues. Afin de sortir le Luxembourg de son isolement et de sa pauvreté, et de mettre en valeur les richesses de son sous-sol, Guillaume Ier va lancer un projet de canalisation de l’Ourthe jusqu’à sa source, afin de la raccorder à la Woltz, de l’autre côté de la crête des Ardennes. Le projet prévoyait le creusement d’un souterrain de 2,5 km de long à Bernistap. Ce chantier s’est arrêté en 1830 puis a redémarré pour construire un canal latéral à l’Ourthe de Liège à La Roche. Ce dernier fut mis en service en 1847, rendant ainsi la rivière navigable en dehors des périodes de crues.

Ce canal va permettre de développer le commerce avec le bassin mosan.

L’implantation de la ligne de chemin de fer de la vallée sonnera le glas de cette activité qui se poursuivra cependant jusqu’après la deuxième guerre mondiale pour le dernier tronçon de la rivière.

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[1] [Cecbh] Par exemple, un agriculteur exploite dix parcelles ; trois pour cultiver du blé, cinq pour cultiver du maïs, deux pour cultiver du tournesol. Il a donc trois soles : une sole de blé, une sole de maïs, une sole de tournesol. Source Wikipedia.

[2] [Cecbh] Le mot pacage, du bas-latin, pascuaticus venant de pascuum (pâturage) et du verbe pascere (paître), désigne originellement en français les herbages sauvages ou adéquatement préparés où le paysan va nourrir et engraisser les bestiaux et éventuellement la volaille. Source Wikipedia.

[3] [Cecbh] Le finage correspond aux limites d’un territoire villageois. Source Wikipedia.

[4] [Cecbh] L’adret désigne les versants d’une vallée de montagne qui bénéficient de la plus longue exposition au soleil. Source Wikipedia.

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Epoque industrielle (de 1850 à 1950)

A l’époque traditionnelle, les villages étaient très aérés. Lors de l’époque industrielle, ils vont subir une forte densification.

La création du réseau de chemin de fer se met en place vers 1880-1890. Pour Houffalize, le vicinal est bien plus qu’un tramway : non seulement il transporte des passagers mais aussi des marchandises. Pour l’Ardenne, le chemin de fer est un élément extrêmement important. C’est ce qui va permettre à l’Ardenne de se désenclaver et de se mettre en connexion avec d’autres parties du pays, voir avec les pays voisins.

De 1850 à 1880 : Apogée de la civilisation rurale

Agriculture

Amélioration des techniques : de 1850 à 1880, apogée de la civilisation rurale.

Plusieurs innovations sont à l’origine d’une croissance démographique :

  • Passage d’un outillage en bois à un outillage métallique.
  • Les sciences au service de l’agriculture et de l’élevage. La médecine vétérinaire se développe. Celle-ci débouche sur des croisements et des sélections d’animaux. Les chevaux de traits sont plus performants (crées par des sélections naturelles).
  • Cheval de trait ardennais (celui-ci n’a jamais existé dans les périodes antérieures, mais a été créé par des sélections naturelles : 1,8 m au garrot)
  • Le chemin de fer accélère le transport de passagers et de marchandises.
  • Utilisation de la chaux pour fertiliser le sol (diminution de l’acidité du sol).

En 1847, est votée la « loi des communaux » : l’état vote la mise en valeur des communaux suite à l’augmentation de population et à l’existence de chaux.

En 1848, l’état dote la province de Luxembourg de dépôt de chaux vendue à un prix « raisonnable».

Vu que les rendements restent équivalents à ceux des époques antérieures (3 à 4 quintaux à l’hectare), on étend l’espace agricole à son maximum, les finages se dilatent.

Vu que les bois sont rares, on doit construire en pierre : pétrification du bâti.

Arrivée de la pomme de terre.

La population double durant cette période.

Le cours des céréales augmente. Lorsque celui-ci atteint son sommet arrive la crise agricole.

1880 : crise du blé è reconversion vers l’élevage des bovins è herbage artificiel. Essor de l’élevage de 1880 à 1950 : apparition de nouvelles races bovines et la pasteurisation. L’éleveur vit mieux avec 7 ha que le cultivateur avec 30. L’exode rurale s’intensifie au début du 20ème s. car le salaire d’un ouvrier est 3x plus élevé que le salaire d’un ouvrier agricole.

Urbanisme

Vu l’augmentation de population et les rendements stables, il devient impensable de réduire davantage la superficie cultivée: l’habitat ne consomme alors plus autant d’espace qu’auparavant mais il se densifie (implantation à l’intérieur de la zone construite avec parfois mitoyenneté).

Une école et une maison communale apparaissent dans le village. Ce qui débouche sur certains conflits (à Hives, un instituteur a été excommunié).

L’apparition du transport ferroviaire et le développement du transport fluviatile ont des implications quant aux matériaux utilisés : en effet, on est alors capable des les importer d’ailleurs (calcaire du Condroz). De plus, on est aussi alors capable d’extraire des grandes pierres car celles-ci ne peuvent être extraites que des profondeurs (sous la nappe aquifère) et le système de pompage sera inventé durant cette période[1].

De 1880 à 1950-60 : Effritement de la ruralité

On abandonne la structure autarcique pour une économie de marché.

Agriculture

Crise agricole : 1880 :

  • 1880 : arrivée des céréales russes et américaines qui cassent les prix du marché. Cette céréale s’adapte très mal au climat ardennais.
  • Cet impact est renforcé par l’augmentation de l’utilisation des cargos.
  • Essor de l’industrie en ville (le salaire d’un ouvrier industriel est 3 X plus élevé que le salaire d’un ouvrier agricole). L’exode rural touche en premier la population qui dépendait du bois (forestiers) chassée par la « loi des communaux ».

Spécialisation dans l’élevage (lait et viande) mais pas de bocage car la révolution industrielle est passée par là (fil de fer et besoin de productivité).

Deux types d’innovation vont contribuer à l’essor de l’élevage (de 1880 à 1930) :

  • la pasteurisationva résoudre le problème de la conservation des aliments (bière, vin, lait,…). Avant, chaque village faisait sa bière et il fallait la consommer dans la semaine.
  • Apparition de nouvelles races bovines à force de croisement : la Holstein (vache laitière), la Pie Rouge (laitière ou viandeuse), la Pie Noire (laitière ou viandeuse), la Charolaise (viandeuse), la Limousine (viandeuse),…

On passe d’un paysage d’openfield (stricto sensu) à un paysage d’openfield à prairie.

On réintroduit la prairie artificielle avec la réintroduction des légumineuses grâce à la chaux.

On est capable aujourd’hui d’avoir des rendements 10 X supérieurs à ceux de l’entre-deux guerre.

Sylviculture des conifères

A cause de ce recentrage des activités agricoles autour de l’élevage, on affecte les parcelles les plus éloignées à la sylviculture.

Les forêts doivent améliorer leur rendement : utilisation des conifères (d’abord le pin sylvestre puis, à partir de la guerre 14-18, l’épicéa). Grâce au chemin de fer, l’Ardenne peut faire profiter les villes de ses ressources en bois.

Les prairies :

En 1834 : 4%

En 1929 : 18 %

Les bois :

En 1834 : 67%

En 1929 : 57 %

En 1970 : 63 %

Urbanisme

Durant la seconde guerre mondiale, tous les grands centres urbains du territoire seront rasés à plus de 90 %. Les villes de la Roche, Houffalize, Gouvy, Bastogne, Saint Vith, Wiltz ne sont pratiquement constitués que de constructions postérieures à 1945.en respectant cependant l’implantation du bâti préexistant.

Epoque post-industrielle (de 1950-60 à nos jours)

De 1950-60 à 1980 : La ville à la campagne

1950 : Grandes ruptures :

  • avènement de la voiture pour de plus en plus de monde
  • révolution des rendements (1950 : 30 Q/ha ; 1970-80 : 80 Q/ha, voire 120 Q/ha dans le Condroz, mais ça coûte tellement cher qu’on ne pratique pas ces rendements).

De 1980 à nos jours : Fractionnement et métropolisation des campagnes

Pour satisfaire nos besoins, on est tous amené à aller en ville ou à la campagne ou même à aller dans une autre ville ou une autre campagne : c’est la métropolisation du territoire.

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[1] [CECBH] Les études faites sur le canal Meuse & Moselle montrent qu’en fait le principe de pompage par machines à vapeur existe déjà dans les années 1820-1830.

<< article du 8 avril 2015 >>

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