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Demanet, Charles-Armand (1808-1868)

Charles-Armand Demanet est né à Namur le 5 juillet 1808 et décédé à Marche-en-Pré, entité de Sclayn, près de Marche-les-Dames, le 28 mai 1865.

Il poursuivit des études à l’Athénée royal de Namur, études assez médiocres durant les premières années jusqu’en Poésie ou il suivit les cours de métallurgie et de minéralogie d’Albert Cauchy1 .

Cette année là, ce fut comme “une fenêtre qui s’ouvrit dans son cerveau”.

A sa sortie de l’Athénée et des cours de M. Cauchy, il remportait, entre autres, les premiers prix de mathématiques, de métallurgie et d’architecture.

Albert Cauchy lui permit de travailler dans ses bureaux d’ingénieur jusqu’en 1827 et le plaça comme conducteur des mines dans une société de recherches minéralogiques, la Société du Luxembourg, dont le siège était à l’époque à Durbuy et dont le directeur était Albert Prisse, futur ministre de la guerre sous le gouvernement de Theux, dont nous reparlerons dans une biographie ultérieure.

Mine d’antomoine de Goesdorff

Mine d'antimoine de Goesdorff

Mine d’antimoine de Goesdorff

En juin 1827, Albert Prisse fit passer Armand Demanet à la Société de Longvilly avec charge de diriger les travaux d’exploitation de la mine de plomb de Longvilly2 et d’effectuer des travaux de recherche à l’ancienne mine d’antimoine sulfuré de Goesdorff3.

La mine de plomb avait été découverte en 1821 mais son exploitation ne commença qu’en 1826 lorsque la Société de Longvilly, société de particuliers, en acquit la concession par arrêté royal le 26 août 1826.

Demanet s’installe à Alleborn4. En plus de son travail, il prépare également l’examen de conducteur de mines. Il sortit premier du concours5 en 1827 et reçut sa nomination de conducteur des mines de troisième classe.

Mine de plomb de Longvilly, fin du XIXè siècle

Mine de plomb de Longvilly, fin du XIXè siècle

Mine de plomb de Longvilly, fin du XIXè siècle

La Société du Luxembourg ne voulant pas le lâcher, Demanet envoya au gouvernement une demande de pouvoir rester au service de la société tout en gardant le titre honorifique de conducteur des mines. Ce lui fut refusé et Demanet resta aux services des sociétés du Luxembourg et de Longvilly.

Intéressé par les “Arts techniques”, il apprit à manier le pic, la masse et la barre, à exécuter les boisages des mines, à tourner le bois et le fer, à devenir un habile maréchal et plombier.

Il lisait également des ouvrages de sciences, s’occupait de mécanique et lisait un cours de fortification de Savart6.

Il alla s’installer à Longvilly même et acquis un morceau de terrain. Il ajouta à ses études l’agriculture et y devint, dit-on, très habile.

Il suivi également les travaux de canalisation entrepris par la Société du Luxembourg7 et rechercha des mines de manganèse et de plomb. Nous n’avons pas retrouvé trace de leurs rencontres mais il est certain qu’Armand Demanet a bien connu Remi de Puydt comme le démontrent plusieurs indices par ailleurs8.

Lors de la révolution de 1830, il fit arborer le drapeau tricolore sur l’église de Longvilly, peut-être le premier drapeau belge du canton.

Peu de temps après, la Société du Luxembourg, « obéissant à la loi de la nécessité », lui appris, dans les termes les plus flatteurs, « que les circonstances l’obligeaient à suspendre les travaux et à renoncer temporairement à ses services ».

Bref, il fut licencié9.

 

Demanet sollicita alors un emploi dans le génie.

Le 16 janvier 1831, il fut nommé sous-lieutenant au bataillon des sapeurs-mineurs de Liège.

Le service de caserne que j’eus à faire presque aussitôt après mon arrivée me parut d’abord étrange et peu séduisant. Les soldats étaient alors, en général, sales, indisciplinés et donnaient fréquemment du fil à retordre aux jeunes officiers. Je me tirai néanmoins d’affaire et fut bientôt aimé et respecté, mêmes des plus mauvaises têtes. [… ) Je remarquais avec peine que beaucoup d’officiers traitaient leurs hommes plutôt comme des bêtes que comme des êtres pétris par Dieu dans le même moule qu’eux.. Je ne trouvais pas à propos de les imiter… J’avais observé, et je me suis confirmé dans cette opinion par de nombreuses observations faites depuis, qu’une punition ou une remontrance, appliquée à point avec calme et avec un degré de sévérité proportionné à la gravité de la faute, produisait toujours beaucoup plus d’effet que quand elle est accompagnée de ces expressions de colère, de dégout ou de mépris qui ne sont propres qu’à froisser l’amour-propre de ceux auxquels elles s’adressent. Les sentiments de respect et de dévouement que m’ont témoigné en diverses circonstances les soldats de ma compagnie, m’ont prouvé une fois de plus que ce que la raison m’indiquait, l’expérience le confirmait.”

En mai 1831, il est à Anvers et travailla pour la première fois à des ouvrages de défense. Jusqu’en août 1832, il fut chargé d’ériger des batteries et des ouvrages de défense le long de l’Escaut. Après un concours, il entra à l’État-major du génie.

Corps du Génie français au siège d'Anvers - 1832

Corps du Génie français au siège d’Anvers – 1832

L’armée française entrant en Belgique pour faire le siège de la citadelle d’Anvers aux mains des Hollandais, Demanet fut mis aux ordres du général français Sebastiani10. Son action avec les Français lui valut, en décembre 1833, la croix de Chevalier de l’Ordre de Léopold sur recommandation du général Sébastiani qui écrivit au ministre de la guerre, le baron Evain11: « M. Demanet, officier de génie belge, a été placé auprès de moi pendant tout le temps que ma décision a été sur la rive gauche de l’Escaut. Il n’est pas possible de servir avec plus de zèle et d’intelligence que cet officier. Il a rendu de grands services et il a dirigé, de la manière la plus satisfaisante, les travaux que nous avons exécutés. Toutes les fois que nous avons eu à combattre contre les Hollandais, M. Demanet a montré beaucoup de résolution et de courage».

Les Français partis, il fut chargé d’aménager le fort Ste-Marie12 mais, en août 1835, lors du dés-envasement des fossés, une fièvre violente ruina sa santé à jamais.

Il est nommé capitaine en février 1835, il n’a que 27 ans.

De retour à Namur, il épouse, le 4 janvier 1836, sa cousine, Sophie Borgnet.

Les événements de 1839 le rappelèrent à Anvers ou il prit le commandement du génie. Après le traité de paix13, il revint cependant à Namur jusqu’en février 1843, date à laquelle il fut chargé du cours d’architecture et de construction à l’École Militaire de Bruxelles14.

Lors d’un voyage en Angleterre, il se lia d’amitié avec l’ingénieur Stephenson15.

Il fut promu Major le 30 septembre 1844 puis Lieutenant-Colonel le 3 octobre 1847.

A la suite d’une maladie de la gorge, il dut abandonner l’enseignement et se consacra à la révision des règlements du corps du génie hérités des Hollandais.

Hutte pour soldat du camp de Beverloo - 1850

Hutte pour soldat du camp de Beverloo – 1850

Il fut chargé de réviser et de terminer les travaux du camp de Beverloo, ce qu’il fit avec son talent et son enthousiasme habituel, allant jusqu’à créer un atlas complet des constructions

nécessaires qui servit ultérieurement lors de l’accroissement du camp.

En 1852, il prit un congé illimité sans solde et mena une vie civile très active: il construisit le chemin de fer de Charleroi à Louvain, celui de Pépinster à Spa16 (1854 – 1855). Il devint administrateur de mines et de plusieurs chemins de fer.

En 1863, il se retira à Marche-en-Pré mais il souffrait déjà de la maladie qui allait l’emporter. Ne pouvant sortir de sa chambre, souffrant beaucoup, il écrivait des poésies wallonnes dont une pièce, l’Oppidum Aduaticorum17.

Il décéda le 28 mai 1865.

 

Ouvrages publiés par Demanet

  • Note sur l’établissement des charpentes à grande portée (Bulletins, 1ère série, t. XIII, 1ère partie, 1846, p.564)

  • Considérations sur la question posée au Congrès artistique d’Anvers: L’expression de l’art monumental est-elle en rapport avec les autres manifestations de l’esprit moderne ? (Bulletins, 2ème série, t. XV, 1863, p 376)

  • Cours de construction, professé à l’École Militaire de Bruxelles de 1843 à 1847. Bruxelles, 1850, 2 vol in-8° et un atlas in-4° oblong.

  • Mémoire sur l’architecture des églises. Bruxelles, 1847.

  • Nouvelle machine d’extraction pour l’exploitation des mines. Bruxelles, 1858.

  • Guide du constructeur: maçonnerie. Texte et atlas. Paris, 1864.

  • Oppidum Aduaticorum. Vers wallons

  • Note sur les pierres de construction de provenance étrangère employées en Belgique.

 

Bibliographie

  • Notice sur c.-A.)J. Demanet, membre de l’Académie, Adolphe Siret, Bruxelles, Hayez imprimeur, 1868

  • Bulletin des Commissions royales d’art et d’archéologie …, Volume 8

  • Par Belgium. Commissions royales d’art et d’archéologie

  • Mémorial administratif du grand-duché, 1826, n° 51

Sources:

  • Notice sur C.-A.-J. Demanet, membre de l’Académie – www.academieroyale.be
  • Dictionnaire géographique du Luxembourg  Par Philippe Marie Guillaume van der Maelen

Notes:

1 Albert Cauchy (1745 – 1842): une notice biographique sera publiée sous peu.

2 Commune de Bastogne. Un article est en préparation sur la mine de plomb de Longvilly.

3 Actuellement au Grand-Duché de Luxembourg, canton de Wiltz.

4 Commune de Wincrange (L). Allerborn possède des vestiges miniers presque entièrement détruits pendant la seconde guerre mondiale. Un sentier pédestre reliant Longvilly (Belgique) à Allerborn permet de découvrir ces ruines

5 Ce concours est un examen pour entrer dans le service des mines dépendant du Ministère de l’Intérieur.

6 Cours élémentaire de fortification, à l’usage de MM. les élèves de l’école spéciale militaire – Nicolas-Pierre-Antoine Savart, Anselin, 1825.

7 Il s’agit, bien entendu, des travaux du canal Meuse – Moselle, Bernistap étant à une quinzaine de km de Longvilly / Allerborn.

8 Demanet, de Puydt, Prisse et sans doute Cauchy sont tous Franc-Maçons. Ce fait fera l’objet d’un article ultérieur.

9 180 ans plus tard, rien de changé si ce n’est peut-être les termes flatteurs.

10 Tiburce Sébastiani (1786-1871), militaire et frère du maréchal Horace Sébastiani.

11 Louis-Auguste Frédéric Evain (1775 – 1832), officier français, naturalisé belge, ministre de la Guerre jusqu’à son décès.

12 La défense d’Anvers avait pour but de défendre l’Escaut. Cette fonction était effectuée par les forts De Perel, Fort Burcht, Fort Isabelle et le Fort Sainte-Marie.

13 19 avril 1839 : la Belgique et les Pays-Bas signent le traité des XXIV articles à Londres. La Belgique doit rendre aux Pays-Bas la partie orientale du Limbourg et la partie germanophone du Luxembourg, mais conserve l’arrondissement d’Arlon (l’Arelerland).

14 Cours de construction, professé à l’École Militaire de Bruxelles de 1843 à 1847.

15 George Stephenson (1781-1848), considéré comme l’inventeur du chemin de fer moderne.

16 La Compagnie du chemin de fer de Pepinster à Spa est une société anonyme de droit belge créée en 1853 pour reprendre et gérer la concession de la ligne de Pepinster à Spa, avec les embranchements et prolongements prévus. Elle est reprise par les chemins de fer de l’État belge en 1873. Source Wikipedia.

17 L’Oppidum Aduaticorum est mentionné par Jules César dans ses écrits. Serait à l’emplacement de la citadelle de Namur..

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<< Article du 16.05.2013 >>

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