Un Canal et des Hommes

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Eugène Bidaut (1808-1868)

En 1834, les « Annales des Mines ou recueil de mémoires sur l’exploitation des mines et sur les sciences et les arts qui s’y rapportent rédigées par les Ingénieurs des Mines et publiées sous l’autorisation du Conseille d’Etat, Directeur Général des Ponts et Chaussées et des Mines » publie une très intéressante et instructive notice sur « le percement du canal souterrain de Buret », notice qui fait l’objet de plusieurs articles en cours.

Cette notice fut rédigée par Eugène Bidaut, sous-ingénieur des Mines de l’Administration belge du même nom dont une courte biographie a été donnée dans le premier article de la série.

Mais qui est Eugène Bidaut ?

Eugène Bidaut

(Liège 6/08/1808, Bruxelles 19/05/1868)

Fils d’un cavalier de l’armée française ayant épousé une Liégeoise en 1804, Eugène Bidaut grandit au sein d’une famille bourgeoise aisée, qui lui permet de faire des études dans la toute nouvelle École des Mines de Liège, ouverte en 1825. À peine diplômé, il entre dans la jeune administration belge où il effectue toute sa carrière.
Entré à l’administration des mines en 1827, nommé ingénieur de première classe en 1842, ce fonctionnaire de l’État est inspecteur général au département de l’Agriculture et des Chemins vicinaux lorsqu’il mène ses premières études, en 1856, en vue de la construction d’un barrage dans la vallée de la Gileppe. De longue date, Eugène Bidaut s’intéresse à de nombreux domaines où son excellence est régulièrement reconnue. Au-delà de ses articles et participations dans des sociétés scientifiques, on retient sa contribution majeure au développement de la Campine : il y a étudié comment mettre en valeur les terres arides de cette contrée.
Mais c’est son rapport final sur La Gileppe qui lui vaut d’accéder au rang de secrétaire général du Ministère des Travaux publics en 1866. Sa mort, deux ans plus tard, l’empêchera d’accompagner la phase décisive des travaux et d’être pleinement célébré au moment de l’inauguration du barrage. Un modeste monument a été élevé au pied de l’édifice en 1869, lors de la pose de la première pierre. Les études initiales de Bidaut dans la vallée de la Vesdre n’avaient d’autre objectif que d’améliorer et de réguler le débit de la Vesdre. Petit à petit, il prend conscience de l’intérêt d’un barrage régulateur et d’une prise d’eau pour la distribution ménagère et industrielle, conclusions qui se retrouvent dans son rapport final de mai 1866.

Sources

R. CAMPUS dans Biographie nationale, t. XXX, suppl. 2, col. 161-164
E. GILON, Le barrage de la Gileppe. Guide du touristeVues, cartes et plans, Verviers, 1878, p. 134
Bulletin communal de Verviers, 1866, p. 56
R. DEMOULIN, Contribution à l’histoire de la Révolution de 1830à Liège, extrait du Bulletin de l’Institut archéologique et historique, Bruxelles, 1936, t. 60, p. 15

http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/wallons-marquants/dictionnaire/bidaut-eugene#.XlVPUhLQjIU

Sur le percement du canal souterrain de Buret (1)

En 1834, les « Annales des Mines ou recueil de mémoires sur l’exploitation des mines et sur les sciences et les arts qui s’y rapportent rédigées par les Ingénieurs des Mines et publiées sous l’autorisation du Conseille d’Etat, Directeur Général des Ponts et Chaussées et des Mines » publie une très intéressante et instructive notice d’Eugène Bidaut [1}, sous-ingénieur des Mines de l’Administration belge du même nom.

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Sur le percement du canal souterrain de Buret

(province de Luxembourg)

par M. Bidaut, sous-ingénieur des mines à Namur

Annales des mines, troisième série, tome VI, 1834

Destination du canal

Le canal désigné sous le nom de Canal de Meuse et Moselle a été commencé en 1828. Il était destiné à établir, à travers les provinces de Liège et de Luxembourg, une communication entre ces deux rivières dont il porte le nom. Ce canal devait recevoir, dans son entier développement, qui est de 61 lieues métriques, 218 écluses. Sa pente totale, à partir du plafond du souterrain de Buret, jusqu’à son embouchure dans la Meuse, est de 379m,60; et du même point de départ, jusqu’à son embouchure dans la Moselle, de 305m,36.

Direction du souterrain de Buret

Il ne sera question, dans cet extrait, que du canal souterrain qui, à Buret, 3 lieues nord-nord-est de Bastogne, perce la montagne dont la crête forme, dans cette partie de la province du Luxembourg, la ligne de partage des eaux vers nord-ouest et sud-est, c’est-à-dire des bassins hydrographiques de la Meuse et de la Moselle. Ce souterrain aura 2.500 mètres de longueur, et sera, en ligne droite, dirigée à peu près de l’ouest à l’est ou plus exactement de l’ouest 7° nord à l’est 7° sud; sa largeur sera de 3m,50 à la naissance de la voûte, de 3 mètres au plafond (sol), et sa hauteur totale de 4m,79, le tout dans oeuvre.

Ce canal souterrain a été commencé le 13 janvier 1829. En août 1832, époque à laquelle il a été abandonné, il avait atteint une longueur totale de 1.130 m,20.

Il est compris tout entier, dans le terrain désigné par M. d’Omalius d’Halloy [2], sous le nom de terrain ardoisier, «principalement composé de couches alternatives de roches schisteuses et quartzeuses, plus ou moins inclinées, très souvent verticales, communément dirigées du nord-est au sud-ouest, formant des espèces de bandes qui paraissent moins constantes que celles du terrain anthraxifère, et qui sont traversées par de nombreux filons ordinairement quartzeux. »

<< à suivre >>

— Sources et références —

[1] Jean Guillaume Eugène Bidaut (né le 6 août 1808 à Liège, † le 19 mai 1868 à Bruxelles) était ingénieur des mines belge et secrétaire général au ministère des Travaux publics.

Source Wikipedia

[2] Jean-Baptiste-Julien d’Omalius d’Halloy, né à Liège le  et mort à Bruxelles le , est un géologue belge. Il est le premier à avoir défini le Crétacé comme une période géologique distincte, en 1822. Il fut le premier réalisateur d’une carte géologique de France. Il fut membre de l’Académie royale de Belgique (élu le  et président en 1850, 1858 et 1872), président de la Société géologique de France (1852) et membre correspondant de l’Académie des sciences de France (1842). Il eut de plus des responsabilités administratives, dont notamment celle de gouverneur de la province de Namur.

Source Wikipedia

Voila ce qu’aurait pu donner le canal !

Il est difficile, en se promenant le long du ruisseau quittant le bief de partage, de s’imaginer l’aspect qu’aurait pu avoir le canal Meuse-Moselle à cet endroit.

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Puis il suffit de la présence d’un castor et de son ouvrage pour mieux appréhender ce qu’aurait pu être le canal et il n’est plus très difficile d’imaginer une bètchette descendant lentement le cours d’eau jusqu’à la prochaine écluse.

La Bouchaye

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La Bouchaye

Un étang réssuscité

Etonnant que l’ouvrage d’un castor puisse faire revivre un étang plusieurs fois centenaire !

Cet étang fit l’objet d’un contentieux entre la commune de Tavigny et la Société du Luxembourg (voir l’article à ce sujet).

Près de 200 ans plus tard, l’étang revit grâce à la présence d’un castor.

A noter que cet étang était appelé à disparaître en 1830 puisqu’à l’emplacement prévu pour l’une des nombreuses écluses à construire entre le bief de partage et l’Ourthe, en amont de Houffalize.

Les habitantes du souterrain de Bernistap au programme des Journées du Patrimoine 2018

Des botteresses liégeoises dans le souterrain de Bernistap

Même si l’histoire du Canal Meuse et Moselle est maintenant relativement connue, il n’est toutefois pas toujours facile de tordre le cou à quelques interprétations et allégations erronées mais ayant la vie dure.

Il est par contre très difficile, voire parfois impossible, de vérifier certaines histoires, issues d’on ne sait quelle origine et dont il est très dur, en l’absence totale d’information, de valider ou non la véracité.

Surtout lorsqu’il s’agit d’histoires populaires qui, au mieux, commencent par: « on raconte que…« .

Il faut alors se montrer deux fois plus précautionneux car il est un fait que beaucoup de contes et de légendes reposent sur des faits bien réels. D’autre part, dans quelle proportion ces récits n’ont-ils pas été « améliorés », adaptés ou même transposés ?

L’histoire du creusement du souterrain de Bernistap a probablement été l’affaire du siècle dans la région mais elle n’aura perduré que 4 petites années, la révolution belge y mettant une fin aussi brutale que définitive. 

Une forte courte période finalement, dans une région fort isolée à l’époque.

Et puis, au hasard d’une recherche, une trouvaille, une pépite, un éclair inespéré: un article ancien déjà mais ô combien précieux puisque confirmant une de ces « histoires populaires » qui devient, du coup, plus véridique, plus crédible.

Y avait-il ou non des botteresses liégeoises sur le chantier du canal de Bernistap ?

On le disait, on le racontait dans les chaumières mais aucune source n’était venu le confirmer.

Or voici que l’Avenir du Luxembourg du 11 octobre 1908 nous apprend que l’idée du canal reliant le Grand-Duché à la mer serait relancée

L’article comprend, bien entendu, quelques raccourcis, quelques imprécisions.

« Tunnel » est un terme anachronique car datant de la période ferrovière et donc bien postérieur à l’époque du creusement pendant laquelle l’on parlait plutôt de souterrain ou encore de souterrain aquatique. A ce sujet, voir l’article, publié en mai 2013, « Tunnel ou souterrain »

Le souterrain de Bernistap n’aurait pas été plus long que 2,500 km, ce qui aurait déjà été une formidable performance à l’époque.

N’oublions pas non plus que le tracé du canal fut dressé par Rémy de Puydt, ingénieur belge pour le moins, et que la Société du Luxembourg était plutôt bruxelloise que hollandaise. Mais certaines idées ont la vie dure.

Le souterrain n’a été creusé à partir de Hoffelt. Par contre, la partie sud du bief de partage traversera le village jusque dans les années 1960.

Le creusement du souterrain fut bien commencé à quelques centaines de mètres de la ferme-château de Bernistap mais le lieu ne s’appela le « Chantier » que parce que les travaux s’y déroulaient. Il est à noter que le territoire de ce « chantier » était bien plus large qu’actuellement puisqu’elle couvrait une distance de plus de 2 km, allant de la route de Bernistap à, grosso modo, la voie de chemin de fer (actuel Ravel). 

Le plus intéressant de l’article est cependant la suite.

Comme le sujet avait été remis au goût du jour, l’Avenir du Luxembourg envoya probablement un journaliste sur les lieux afin d’y receuillir des témoignages; comme ils le font encore 110 ans plus tard à l’occasion, entre autres, des 24 cyclistes de Tavigny.

L’Avenir, donc, « receuilli les souvenirs de vieillards à mémoire toujours lucide bien que frisant le centenaire« .

Une confirmation d’abord: « Ce tunnel fut creusé par des ouvriers du pays de Liège, et de Hainaut« .

La notion de pays est large. Par Liège, on entendait encore, à l’époque, la région couvrant la Principauté de Liège, bien plus étendue et morcellée que l’actuelle province. Si on y ajoute le comté de Hainaut et, bien sur, la main d’oeuvre locale on peut donc dire que ces ouvriers provenaient des 4 coins de la Wallonie actuelle.

Principauté de Liège et Pays-Bas autrichiens à la veille des révolutions de 1789 – http://connaitrelawallonie.wallonie.be

L’article devient encore plus intéressant par la suite car, pour la première fois, la présence de botteresses est confirmée sur le site des travaux du souterrain.

« Des femmes, à l’aide de bottes, prenaient pierres et terres du tunnel pour les déverser des deux côtés du canal oû ces décombres forment deux véritables montagnes. Ces vaillantes femmes portaient ainsi leurs charges tout en lançant des lazzis à leurs compagnons de travail, tandis que d’autres, tout en cheminant sur le chantier, tricotaient des bas pour leur marmaille ».

Il s’agit donc de Botteresses ou Botèresses ou encore hoteresses (1), en provenance vraisemblablement des charbonnages de la vallée de la Meuse. Elles avaient en effet l’habitude de porter leur tricot autour du coup et de se mettre à l’ouvrage dès qu’elles avaient un moment de temps.

Charles-Armand Demanet les a certainement rencontrées à Bernistap, ces botteresses. Il note dans son cours de construction, professé à l’École Militaire de Bruxelles de 1843 à 1847:

« Transport à la hotte. Ce mode de transport n’est guère employé, et encore assez rarement, que dans la province de Liège, et ce sont ordinairement des femmes appelées botteresses qu’on y emploie ; elles se servent de hottes en osier qu’elles portent sur le dos et qu’elles s’attachent aux épaules avec des bretelles. Ce moyen de transport ne peut être avantageux que dans des cas tous spéciaux. »

La gouaille liègeoise de ces botteresses semblent avoir frappé les esprits ardennais de l’époque qui, s’ils ressemblent un tant soit peu à ceux d’aujourd’hui, devaient être beaucoup plus réservés, voire taciturnes.

Vrai type de la liégeoise du peuple, la botteresse étonnait par son courage capable d’affronter l’épreuve des charges les plus dures, comme par la rudesse et la verdeur de ses propos.

Dans la première édition de son dictionnaire wallon en1823, Lambert REMACLE écrivait : « après lès bot’rèsses di Lîdge i fât houmer l’rôye« , après les hotteuses de Liège, il faut effacer la ligne (= il faut tirer l’échelle, elles défient toutes comparaisons). Et il ajoutait : « force, courage, résignation, gaité constante, saillies originales, voici le hotteuses de Liège et des environs ».

La suite de l’article de l’Avenir ne confirme plus autre chose:

« Dans les futurs travaux, reverrons-nous ces vaillantes botteresses? En aval de Bernistap, juque la Meuse, le canal se déroulera dans un des plus beaux et pittoresques sites du Nord de nos Ardennes.

Les délégués ont soigneusement étudié sur place le projet et à cette heure leur rapport est remis à chacun des gouvernements intéressés.

Ce canal est appelé à apporter le bien-être dans toute notre région  et il sera un énorme débouché pour les produits miniers de nos voisins Grand-Ducaux.« 

Pour l’anecdote, sachez encore que les botteresses portaient les fameuses « culottes fendues » qui leur permettaient d’uriner debout sans devoir enlever jupes et jupons.
Il existe d’ailleurs une petite statuette en bronze, appelée communément « La botteresse pisseuse » qui représente une botteresse se tenant jambes écartées au-dessus d’un caniveau.

1 “Hotteresse” ou “botèresse”; les deux termes sont souvent utilisés l’un pour l’autre. La “botèresse” est une femme portant des charges avec un bot, panier en forme d’entonnoir sans fond, sur son dos. Le bot, contrairement à la hotte qui, elle, avait un fond, ne pouvait pas tenir seul debout.

2 Jean Laurent Lambert Remacle, auteur belge ( – ), auteur du Dictionnaire wallon et français, 1823, t.1 1839, t.2 1843

Il a skepyî a Ptit Rtchin li 23 d’ måss 1769 ey î mori li 15 d’awousse 1849. E 1823, il a-st eplaidî li prumire edicion di s’motî walonfrancès lomé Motî da Rmåke li vî, ki c’est l’djeujhinme motî walon, cronolodjicmint. Di s’mestî, il esteut mwaisse di scole a Lidje.

Source: https://wa.wikipedia.org/wiki/Jean_Laurent_Lambert_Remacle

 

Journées du Patrimoine – 9 & 10 septembre 2017

Sur les traces du canal Meuse & Moselle…

Petit ruisseau qui aurait pu être un fameux canal.

Lieu-dit Watiwé, entité de Tavigny, commune de Houffalize

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Canal de glace (3)

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Canal de glace (2)

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